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Le « double-touch » Canadien : scandale au curling durant les JO de Milan-Cortina 2026

Le "double-touch" Canadien : scandale au curling durant les JO de Milan-Cortina 2026

JO de Milan-Cortina 2026 : le scandale du curling qui a enflammé les pistes

Février 2026. Les Jeux olympiques d’hiver battent leur plein en Italie. Sur les pistes de curling, une dispute éclate entre le Canada et la Suède — et va empoisonner toute la compétition masculine pendant une semaine. Le « boopgate » pour la presse anglo-saxonne, le « curling-gate » pour la presse française, jamais on aura autant parlé du fair-play et des règles du curling pendant des JO.

Un geste, un match, un scandale

Le 13 février 2026, lors du match Canada–Suède du tournoi masculin, le joueur canadien Marc Kennedy effectue un lancer. Mais quelque chose cloche pour l’équipe suédoise : pendant son mouvement, Kennedy semblerait toucher du doigt la pierre après avoir franchi la ligne de jeu — la hog line, ligne réglementaire que la pierre doit dépassée une fois lâchée par le lanceur.

Ce geste, appelé « double touch », est interdit par le règlement. En clair : une fois que le joueur a lâché la poignée de la pierre et qu’elle passe la ligne de jeu (hogline), il n’a plus le droit de toucher quoi que ce soit de la pierre — ni la poignée, ni la surface en granit elle-même. Si c’est le cas, la pierre doit être retirée du jeu immédiatement.

Le Suédois Oskar Eriksson signale à plusieurs reprises l’infraction aux arbitres. Les officiels observent Kennedy, ne voient rien d’irrégulier, et laissent jouer. La mèche est allumée.


« Tu peux aller te faire f0utre »

À la fin du 9ème end, Eriksson s’avance directement vers Kennedy pour lui envoyer un petit pique lui disant « qu’il ne savait pas que c’était OK de toucher la pierre après la hogline », l’accusant lui et le second Brett Gallant d’enfreindre cette règle. L’échange dégénère rapidement. Kennedy lui répond en direct, micro ouvert : « You can f** off ». La scène, captée par les caméras de télévision, fait le tour du monde en quelques heures.

Ce qui envenime encore les choses, c’est la façon dont la vidéo prouvant le double touch a été obtenue. La chaîne publique suédoise SVT avait déplacé sa caméra au niveau de la hog line en cours de match — sur demande d’Eriksson lui-même — pour filmer précisément les lancers de Kennedy. Pour l’équipe canadienne, il s’agissait d’un piège prémédité. Kennedy accusera directement les Suédois d’avoir « essayé de lui tendre un guet-apens ».

Le Canada remportera tout de même le match 8–6 malgré le scandale qui monte.


La réponse des Suédois

Interrogé par SVT Sport juste après le match, Eriksson ne mâche pas ses mots :

Le "double-touch" Canadien : scandale au curling durant les JO de Milan-Cortina 2026

« L’arbitre principal ne connaissait pas le règlement, et c’est nous qui avons dû les corriger. Ensuite, les arbitres n’ont pas osé faire quoi que ce soit. »

 

 

Le skip Niklas Edin adopte un ton plus posé, mais se montre ferme sur les faits :

« Il lâche la poignée — qui contient les capteurs électroniques — mais garde ensuite un doigt sur le granit lui-même jusqu’à ce que la pierre passe la ligne. C’est interdit. »

Il précise que cela s’est produit à plusieurs reprises durant le match, pas une seule fois. Le lead Christoffer Sundgren ajoute que les Suédois signalent ce problème « depuis des années ».


La Fédération mondiale s’embourbe

La World Curling Federation (WCF) réagit le soir même avec un communiqué de clarification du règlement :

  • Toucher la poignée avant la hog line : autorisé
  • Toucher le granit de la pierre à tout moment : interdit
  • Toucher la poignée après la hog line : interdit
  • Sanction : retrait immédiat de la pierre

Dans la foulée, elle convoque Kennedy et lui adresse un avertissement officiel pour comportement inapproprié, tout en déployant deux arbitres supplémentaires sur toutes les pistes pour surveiller les lancers.

Résultat immédiat : des pierres sont annulées en pagaille. Y compris celles d’Eriksson, d’Edin, de l’Écossais Bruce Mouat et de nombreux autres joueurs de renom. Il s’avère que ce type de contact ultra-léger — parfois juste un ongle effleurant le granit — semble quasiment universel au plus haut niveau, sans que personne n’ait jamais été sanctionné auparavant.

Face au chaos déclenché à cause de ce scandale, la WCF fait demi-tour dès le 15 février :

« Les arbitres supplémentaires resteront disponibles, mais n’interviendront désormais qu’à la demande formelle des équipes, et observeront un minimum de trois ends avant de statuer. »

En clair : retour à la normale, et oubliez ce qu’on vous a dit 48 heures plus tôt !


Une règle floue depuis des années

Ce cafouillage réglementaire a mis en lumière une contradiction dans les textes eux-mêmes. La règle R9(a) précise qu’un double contact avant la hog line n’est pas une violation, tandis que la règle R5(d) stipule que la pierre doit être lancée avec la poignée. Quant est-il si on touche la pierre avant la ligne de jeu ? Une zone d’ombre que la WCF n’avait jamais tranchée clairement auparavant.

Le coach canadien Paul Webster l’admet lui-même :

« Si vous écoutez ce que la Suède a dit, je pense qu’ils ont raison. C’est un problème qu’ils ont essayé de signaler à notre fédération internationale, sans que rien ne soit fait. Essayer de régler ça vite en pleine compétition olympique est la mauvaise approche. »


La fin du tournoi, et les règlements de comptes

Le Canada remporte la médaille d’or, en battant l’équipe de Bruce Mouat (Grande-Bretagne) en finale, malgré ce « scandale ». La Suède, elle, termine dernière du tournoi.

De retour au Canada, Ben Hebert — lead de l’équipe Jacobs et double champion olympique (Vancouver 2010 + Milan 2026) — s’exprime sur le podcast The SportsCage et traite Eriksson de « snake in the grass » (serpent dans l’herbe), assurant avoir « perdu beaucoup de respect » pour lui. Il estime que la Suède, en décrochade depuis deux ou trois ans, n’aurait pas agi ainsi à l’époque où elle dominait le monde.

La presse suédoise répercute les propos d’Hebert, qui circulent via l’agence de presse TT. Eriksson répond, imperturbable :

« Je préfère jouer proprement et honnêtement, et perdre ou gagner de cette façon, plutôt que d’enfreindre les règles. J’ai déjà un or olympique. S’ils se sentent fiers de celui-là, ils peuvent l’être. »


Ce qu’il reste de tout ça

Ce scandale dépasse le simple incident entre deux équipes. Elle expose un problème structurel : une règle technique floue, jamais vraiment appliquée au haut niveau, qui a explosé en plein milieu des Jeux olympiques devant des millions de téléspectateurs. La WCF devra clarifier le texte règlementaire dans les prochains mois — idéalement avant que la situation se reproduise dans un contexte encore plus explosif.

Pour le curling, sport souvent qualifié de dernier refuge du fair-play et de la confiance mutuelle, l’interpellation de l’experte curling pour SVT, Eva Lund, continue de résonner :

« J’ai honte que les arbitres ne connaissent pas le règlement. Mon sport mérite mieux que ça. »

Le cœur de la polémique : l’Esprit du Curling en péril ?

Au-delà du débat stérile sur la triche effective ou non, de ce « scandale » dans le curling, cette affaire révèle un enjeu bien plus profond : l’avenir de l’Esprit du Curling, ce fair-play légendaire fait de confiance mutuelle et d’autocontrôle. La World Curling Federation doit clarifier ses textes réglementaires sur le double touch. Mais aux joueurs et joueuses, sur la piste, revient la responsabilité de préserver cet esprit unique. Peut-il encore survivre au plus haut niveau, sous pression olympique ? A-t-on vraiment besoin de capteurs électroniques et de caméras scrutant chaque geste pour faire respecter les règles ?

Un contre-exemple lumineux : le fair-play USA-Italie

Le "double-touch" Canadien : scandale au curling durant les JO de Milan-Cortina 2026

La réponse est venue le lundi 16 février, lors du match féminin États-Unis vs Italie, au 7ème end (1:48:30). La lead américaine Taylor Anderson-Heide touche la pierre lors de son balayage et la fait dévier brutalement vers une garde américaine. Ni elle ni sa skip Tabitha Peterson ne voit de contact, mais la trajectoire anormale fait suspecter une burned stone — contact accidentel avec la pierre, interdit en zone de jeu.

Stefania Constantini, skip italienne et dont l’équipe est déjà en tête, pourrait retirer la pierre américaine sur-le-champ, renversant l’end à son avantage. Au lieu de ça, elle propose ouvertement aux Américaines de trancher ensemble, sans arbitre. Un modèle pur d’Esprit du Curling, pile au milieu du chaos Canada-Suède.

« On peut décider ensemble. » – Stefania Constantini

Les deux équipes collaborent alors sans arbitre pour estimer la trajectoire réelle de la pierre. Elles concluent qu’il n’y a pas eu d’impact significatif et laissent la pierre en jeu — au détriment tactique de l’Italie et replace les pierres là où elles auraient pu arriver.

L’Italie remporte finalement 7-2, dans l’euphorie des supporters italiens.


[…] the whole spirit of curling is dead. […] – Marc Kennedy, « l’esprit du curling est complètement mort. »

Alors Marc, l’Esprit du Curling est-il vraiment mort ?


Sources